Léo Grandbois, biathlonien mais…

Léo Grandbois (photo: pierre shanks)

Léo Grandbois (photo: pierre shanks)

Il y a déjà quelques mois, on nous avait transmis le nom d’un jeune biathlonien de l’Estrie à surveiller.   

Les Championnats du monde juniors (catégorie benjamin pour lui) approchaient et Léo Grandbois, un costaud de 17 ans, 6 pieds et 180 livres pas mouillé, venait de gagner des courses à domicile. La confiance régnait dans le clan canadien.

par pierre shanks

On allait découvrir bientôt combien la confiance embrasait sa fougue.

Léo ne sortait pas de nulle part, d’ailleurs. Il était champion canadien 2015 et 2016 de la course individuelle (10 km) dans son groupe d’âge, garçons séniors. Il avait de plus fini 22e au sprint des Jeux olympiques de la jeunesse 2016, en Norvège. 

Si bien qu’il a brûlé le parcours de 12,5 km (course individuelle) à Bresno-Osrbli, en Slovaquie, réalisant au passage le premier sans-faute (20/20) de sa carrière. Aux mondiaux! Et le 3e temps de ski. Une médaille d’or raflée devant un Russe, 2e à près de 1 min 15 s, et un Allemand.

Léo Grandbois, champion mondial (photo: Stanislav Spac)

Léo Grandbois, champion mondial (photo: Stanislav Spac)

Depuis, les éloges fusent dans le monde du biathlon. Son entraîneure au Québec, Sandrine Charron, affirme sans équivoque: «Léo est un athlète remarquable. Il est travaillant, il a une force de caractère impressionnante et un feu de gagner incroyable.

«Leo est la preuve vivante que lorsqu’on veut quelque chose, qu’on se donne les moyens pour y arriver et qu’on y met les énergies nécessaires, il est toujours possible d’atteindre l’inatteignable et de réaliser ses rêves.

«Grâce à son caractère explosif, ses attributs physiologiques et ses compétences physiques et techniques, Léo fait partie des plus grands espoirs canadiens en biathlon.»

Eric de Nys, Directeur haute performance à Biathlon Canada la saison dernière, dit de lui qu’il est un bon skieur et un «tireur fantastique sous pression». C’est le «sous pression» ici qui est important. Bien négocier l’approche au champ de tir, contrôler ses pulses, ne pas perdre une fraction de seconde de concentration, faire le vide, garder son sang-froid une fois le doigt sur la détente et le reste, tous ces éléments exercent une pression très, très difficile à contenir.

Maîtriser cela à 17 ans est exceptionnel. 

L’appel du ski de fond

Alors, voilà une carrière prometteuse qui se dessine en biathlon, non? 

Pas si vite.

De retour au pays, Léo s’est inscrit aux Championnats canadiens de ski de fond, à Canmore. Pour le plaisir, vous pensez? Ce serait mal le connaître. Sur une paire de skis, Léo ne «niaise pas avec le puck», comme on dit. Il a enlevé l’or dans les épreuves de 10 et 15 km style libre chez les Juniors B. Le style libre, ou le pas de patin, ou encore le skate comme disent à peu près tous les athlètes est l’unique style utilisé dans le biathlon.

Fait à noter, cela a beau être une catégorie plus jeune, au 15 km, il a croisé la ligne d’arrivée avec une avance monstrueuse de 1 min 23 s. Pensez-y un instant. UNE MINUTE 23 SECONDES plus tard, son plus proche poursuivant croisait la ligne, avec probablement de la bave qui lui coulait dans le cou. 

«Mais c’est pas ça, c’est pas ça, nous a-t-il repris en entrevue chez lui à Sherbrooke. Ce sont mes résultats en style classique: j’ai fini 3e au 7,5 km et 2e au sprint. J’avais jamais skié en classique avant l’automne dernier! Peut-être 10 fois au total avant les nationaux.» 

Pas de doute, on a affaire à un pur-sang.

Léo Grandbois aux nationaux de ski de fond 2017 (photo: Ski de fond Québec)

Léo Grandbois passe devant l’entraîneur Gilles Lefebvre aux nationaux de ski de fond 2017 (photo: Ski de fond Québec)

Ce qui provoque une réflexion chez le principal intéressé.

«J’aime mieux skier que tirer, dit-il. J’aime ça aussi tirer, mais je pense que je suis plus un skieur qu’un tireur.  Mais j’ai toutes les capacités de devenir un bon tireur, avec un peu de travail.

«C’est une question de volonté selon moi. Si tu décides que tu vas être un (bon) skieur ou un tireur, tu vas le devenir.»

Mais voilà, quand on a du potentiel dans les deux sports, lequel choisir? Alex Harvey a préféré le ski de fond au vélo de montagne et plus récemment, Anne-Marie Comeau a opté pour l’athlétisme aux dépens du ski de fond.

Léo se pose candidement la question: «Dans lequel des deux sports ai-je le plus de potentiel? Même ceux qui me connaissent bien ne peuvent pas répondre. Il va falloir que ça vienne de moi, ça va être ce que j’aime le plus.»

À 17 ans, c’est un questionnement tout ce qu’il y a de plus légitime.

Léo Grandbois (photo: pierre shanks)

Léo Grandbois (photo: pierre shanks)

En ce qui concerne le ski, Léo est associé au club du parc national du Mont-Orford et son réputé entraîneur Gilles Lefebvre.  Gilles est la meilleure personne pour décrire Léo le skieur. «Léo est un compétiteur dans l’âme, il ne supporte pas l’idée d’avoir quelqu’un devant lui… Cela le pousse à se dépasser constamment!

«Sa technique s’est beaucoup améliorée l’an passé et même en classique, il apprend très rapidement, donc tout est possible si le ski de fond lui procure un nouveau défi.

«Son développement physique est assez avancé pour son âge. Il devra donc se concentrer sur les stratégies ainsi que sur le raffinement de sa préparation annuelle afin de continuer à progresser et ainsi atteindre son plein potentiel. Athlète olympique… certainement!»

Deux mondes

«Le ski de fond, c’est pas pantoute la même affaire, poursuit Léo. Je pars all out. Tu oublies la douleur, tu mets ton cerveau à off.

«Le biathlon, c’est plus cérébral. L’arrivée au champ de tir, c’est plus touchy. C’est plus comme une partie d’échecs. Il y a le vent, il y a le soleil, tes pupilles grossissent, rapetissent.

«Le défi est plus le fun en biathlon, mais en ski de fond, c’est une attitude plus guerrière. Ça peut pas marcher au biathlon. Tu vas arriver au champ de tir tout pogné!

«Aux mondiaux (où il a remporté l’or), la préparation pour arriver concentré, ç’a pris deux semaines. J’y pensais tout le temps. Ce que je dois faire, ce que je dois pas faire. Je suis devenu totalement concentré, rien ne pouvait me déranger.»

Léo Grandbois (photo: Stanislav Spac)

Léo Grandbois (photo: Stanislav Spac)

Léo a aussi entrepris d’adapter son caractère fougueux au style cérébral du biathlon. «Dans la vie normale je suis assez calme, mais je change facilement de personnalité quand ça bouge un peu!»

Sandrine Charron confirme: «Il a su transformer sa fougue, qui était un peu hors de contrôle plus jeune et venait parfois nuire à ses performances, en grande force d’où il draine ses énergies pour continuer à avancer et franchir une à une les étapes vers son rêve ultime d’être médaillé aux Jeux olympiques.»

«Il a la puissance du tigre et aussi le rugissement, ajoute Gilles Lefebvre.  Il devra canaliser cette énergie en vieillissant!»

Léo se donne au moins une autre saison avant de se brancher. Il demeure donc biathlonien, mais aimerait bien participer à une ou deux compétitions de ski de fond cette saison, si l’occasion se présente.

Quoi qu’il en soit, Léo Grandbois est un nom à retenir dans le monde canadien du biathlon ou peut-être du ski de fond.

Alex Harvey, qui compte se retirer de la compétition active en 2019, laissera de bien grands souliers à chausser.

À 17 ans, Léo Grandbois ferre déjà du 11 1/2.

Léo Grandbois

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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