Saint-Ferréol, terre de champions

 Frédérique Vézina (no 62)

Frédérique Vézina (no 62)

Par Pierre Shanks

«Pierre, as-tu entendu parler de nos deux filles?»- Euh… vos deux filles?Attablés au café du centre national d’entraînement Pierre Harvey (CNEPH), au pied du mont Ste-Anne, tout juste après Noël, Louis Bouchard et moi échangeons lorsqu’il interrompt la conversation. «Ces deux-là, Frédérique Vézina et Anne-Marie Comeau, sont la relève montante dans le ski de fond canadien. Tu devrais les voir aller!»

Louis Bouchard est l’un des entraîneurs de l’équipe canadienne masculine de ski de fond et entraîneur d’Alex Harvey, notre champion mondial québécois. Alex a une confiance illimitée en Louis et pour cause. Louis sait «spotter» le talent, comme on dit, le protéger, l’encadrer et le «monter», comme on dit aussi.C’est lui qui a téléphoné à Frédérique Vézina il y a deux ans pour l’inviter à se joindre au CNEPH, dont il est également l’entraîneur-chef. «Mettons que j’avais le sourire gros comme ça quand j’ai reçu cet appel!» a dit plus tard Frédérique, en signant d’une oreille à l’autre avec son index. Louis considérait que Frédérique était un beau projet pour le futur et l’a placée sous les bons soins de l’entraîneur Godefroy Bilodeau qui veille à son développement.

Anne-Marie Comeau

Anne-Marie Comeau

Louis a aussi parlé d’Anne-Marie Comeau. Plus jeune que Frédérique, elle est toute nouvelle au CNEPH. À 16 ans seulement, son palmarès est encore plus éclatant que celui d’Alex au même âge, avec notamment une 18e place à sa première participation aux Championnats du monde juniors.

Et devinez quoi? Ce jeune phénomène vient de… Saint-Ferréol-les-Neiges, comme Alex!

«Frédérique Vézina, c’est la ”cousine” d’Alex, rajoute Louis en faisant les guillemets avec ses doigts. Elle est faite dans le même moule. Et tu sais quoi? Son père, Jocelyn, était le coéquipier de Pierre (Harvey, le père d’Alex) dans les années ’80!» Eh bah! Vrai qu’elle aussi, Saint-Ferréol, comme la petite Comeau, mais pour le reste, vraiment? Je ne me peux plus!

Le lendemain, Frédérique était assise devant moi au même endroit. Dix-huit ans. Elle est apparue dans le radar en début de saison en se hissant top canadienne junior après une intersaison d’entraînement intensif. Elle a terminé 4e Canadienne à sa toute première course de la Coupe du monde à Canmore (10km classique) et 51e au général. Et comme elle avait encore faim, elle a suivi avec un 3e rang canadien deux jours plus tard au skiathlon 15km (43e place). Avec la crème mondiale moins Marit Bjoergen! Woot woot!

Allumée, les yeux pétillants.

Quand elle a commencé à me raconter son histoire, je croyais rêver. C’est comme si Alex me parlait! Je nous revoyais, sept ans plus tôt à notre toute première entrevue, assis sur le lit d’une chambre d’un motel d’Orford où il séjournait pour une compétition provinciale.

Même assurance tranquille, même confiance inébranlable, même maturité et surtout, ça dégage cette force mentale propre aux champions. Si Anne-Marie Comeau, que je n’ai pas encore eu l’occasion de rencontrer, en est une autre du même acabit, tenez bien vos tuques, le ski de fond féminin canadien va remonter à la surface, ça ne sera pas bien long.

Mais.

Mais je ne les ai pas (encore) vues courser (ça viendra début février). Et pour dresser un portrait précis il reste un point crucial, le plus important de tous dans ce sport impitoyable. La passion de la souffrance. Au-delà de sa technique parfaite, de sa génétique impressionnante, Alex Harvey se démarque par ses capacités absolument exceptionnelles de se nourrir de la souffrance. Nous verrons bien dans le cas de ces deux jeunes.

Louis Bouchard, entraîneur d’Alex Harvey, entraîneur-chef du CNEPH et entraîneur national, ne doute pas un instant des capacités de ses deux «protégées». Et ce n’est pas un bonhomme impulsif. Quand il a fait remarquer que pour les JO de Sotchi, l’équipe féminine canadienne sera composée de trois skieuses (NDLR : Chandra Crawford, Dasha Gaïazova et Perianne Jones), «mais on va en amener deux autres», je lui ai demandé tout de go, tu crois qu’une de tes deux filles pourrait créer la surprise? Il a pris le temps de faire défiler la compétition dans sa tête avant de répondre : «Oui, elles pourraient».

Mais ce serait une surprise.

Frédérique Vézina

Frédérique Vézina

À un moment donné, donc, j’explique à Frédérique les choses ingrates de la vie. Même si tu ne causes pas cette surprise de te qualifier pour Sotchi, il faut pouvoir nous confier tes états d’âme. Tu seras déçue, mais gagne ou perd, les gens qui auront suivi ton cheminement voudront savoir comment tu te sens.

Là, soudainement, plus de pétillant dans les yeux. Disparu le sourire. Frédérique a rivé ses billes dans les miennes en lançant un regard de feu.

Elle a réfléchi un instant. «C’est pas grave, j’abandonnerais pas là. Il y aura 2018 ensuite.»

C’est là que j’ai su.

Après Pierre et Alex Harvey, Saint-Ferréol est en train de produire une autre championne.

Peut-être même deux.

N.B.: Cet article a été écrit fin décembre. Il y a eu depuis les sélections nationales en vue des mondiaux juniors. En plus de Frédérique et Anne-Marie (qualifiée même si elle n’a pu courser en raison d’une grippe), Cendrine Browne se rendra aussi en République tchèque après avoir fini première junior dans le 10 km pas de patin. À surveiller cette Browne, nous en reparlerons, tout comme les deux qualifiés chez les gars, Raphaël Couturier et Alexis Turgeon.

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