Cendrine Browne, championne canadienne

Cendrine Browne (photo: Benoit Théroux)

Cendrine Browne (photo: Benoit Théroux)

Championne canadienne. Ça doit encore résonner tout drôle dans sa tête. Cendrine Browne a conclu sa saison de la plus belle des façons en arrachant le 30 km style libre des Championnats canadiens, samedi, à Thunder Bay.

par pierre shanks

C’est sans fausse modestie qu’elle s’est dite elle-même surprise de son exploit.

«En arrivant aux Championnats, je pensais arriver encore en forme, mais malheureusement mes deux premières courses ont moins bien été. Je me disais que j’étais peut-être plus fatiguée que je le pensais. J’avais super hâte au 5 km skate, car habituellement il s’agit de ma course préférée, mais les jambes n’étaient pas là et je me sentais si horrible que je crois que ce fut ma pire course de l’année!

«Pourtant, il devait me rester encore un petit quelque chose, car lors de la prochaine course, le 10 km classique individuel, j’ai fait une des meilleures courses de ma saison! Je suis arrivée 3e derrière les olympiennes Emily Nishikawa et Perianne Jones. Ça avait été une super course dans laquelle je m’étais super bien sentie. En plus, mes skis étaient excellents, ce qui m’a beaucoup aidée, car il y avait de nombreuses côtes à grimper.

Cendrine Browne (photo: Benoit Théroux)

Cendrine Browne (photo: Benoit Théroux)

«Puis, il y a eu les sprints dans lesquels je fus malchanceuse. J’étais tombée dans la vague la plus forte pour mes quarts de finale et ceux-ci s’étaient terminés en stretch à la ligne d’arrivée; un stretch que je croyais avoir bien réussi, mais qui n’avait pas été suffisamment bon pour me faire passer en demi-finales. Ce qui est fâchant dans cette situation est que j’étais à 0,02 centième de seconde de passer!

«Je ne savais pas à quel point il me restait de l’énergie, mais je savais une chose : je voulais finir le 30 km, peu importe ce qui arrivait. Alors dans ma tête, le plan n’était pas du tout de gagner, mais bien de FINIR la course!»

Et pas contre n’importe qui. Emily Nishikawa était à ce jour considérée comme la meilleure skieuse de distance au Canada. C’est d’ailleurs ce qu’il y a de significatif pour Cendrine dans cette victoire. Elle a gagné «à la régulière» contre les meilleures au pays, qui étaient toutes là. Parmi celles-ci, seule Heidi Widmer n’a pas pris le départ, samedi.

Le récit de Cendrine est passionnant.

Cendrine Browne

Derniers 50 mètres, Cendrine rejoint Emily Nishikawa (photo: Benoit Théroux)

«Quand la course est partie, je me disais que je devais rester relax, car beaucoup trop de filles au départ s’énervent et perdent de l’énergie pour rien. J’ai donc décidé de laisser passer les filles qui s’énervaient et qui voulaient absolument aller en avant. Puis, quand celles-ci ont commencé à ralentir après quelques kilomètres, j’ai remonté tranquillement vers le devant du peloton.

«Les filles lâchaient une à une et je devais faire attention pour ne pas être prise derrière elles et perdre contact avec le peloton de tête. Après seulement un tour de 7,5 km, le peloton de tête était déjà formé. Nous étions quatre filles : Dahria Beatty, Andrea Dupont, Emily Nishikawa et moi. Je trouvais que la vitesse du peloton était parfaite. Je me sentais en plein dans ma zone de confort. Je trouvais même que nous allions pas si vite que ça.

«Pourtant, je me concentrais tout de même à rester relax dans mes mouvements et à ne pas perdre d’énergie inutilement. Nous avions quatre tours à faire. Au 4e, nous étions encore toutes ensemble! Vers la fin du 4e tour, Emily accéléra mais Dahria et moi, on a tenu bon. Je ne savais pas s’il me restait beaucoup d’énergie, mais je savais que je voulais suivre lors de la prochaine attaque.

«Dans la dernière immense montée avant l’arrivée, Emily réattaqua. Dahria tenta de suivre, mais elle ne fut pas capable. J’étais derrière Dahria et je devais absolument passer si je voulais suivre Emily. J’accélérai aussi, mais en haut de la côte, j’avais perdu contact avec Emily; elle était rendue plutôt loin. Simon Boisvert (l’un des farteurs) m’a dit que je pouvais la rattraper. Je relançai en one skate avec toute la puissance qu’il me restait. Je me rapprochais de plus en plus d’Emily!

Cendrine Browne (photo: Benoit Théroux)

La ligne approche… Cendrine va l’emporter au photo-finish (photo: Benoit Théroux)

«Dans les 50 derniers mètres, je me trouvais juste derrière elle et c’est à ce moment que je sentis que j’avais plus d’énergie et de puissance. Je sprintai jusqu’à l’arrivée. J’avais réussi! J’avais gagné un 30 km skate… Ma première médaille d’or senior aux Championnats canadiens. Incroyable.»

Encore ici, Cendrine a confondu les sceptiques! Mais demandez à son entraîneur François Pépin, il ne sera pas si tant surpris que ça. Le one skate demande un gros effort du haut du corps. Ha! Encore une fois, on revient à «l’entraînement spécifique», qui tient tant à coeur à son autre entraîneur, Louis Bouchard. Toutes ces heures à l’entraînement où Cendrine Browne s’est appliquée consciencieusement à se bâtir des épaules de colosse et le reste ont rapporté leurs fruits. De plus, comme François Pépin l’a souligné plus tôt cette saison, Cendrine est en confiance, ça fait une grosse différence.

Deux cents mètres. Deux cents petits mètres sur 30 km, c’est ce qui restait à la course quand, au haut de la dernière bosse, ça ne paraissait plus possible pour Cendrine de rattraper Nishikawa. «J’ai relancé en one skate»,  qu’elle nous dit, et là, tasse-toi du chemin mononque, «trrrrack!», comme aurait dit Pierre Harvey, le train s’en vient!

Cendrine l’a emporté au photo-finish.

Évidemment, on reste calme. Ce n’est pas Therese Johaug qu’elle a battue à la ligne. D’autres diront que le programme féminin canadien n’est pas encore remis d’une lamentable déconfiture. Non, il n’y a pas de Beckie Scott ou de Chandra Crawford à leur apogée actuellement au Canada. Tout cela n’enlève rien au mérite de Cendrine. Elle est au calibre où elle se trouve actuellement, point. Elle fait une course contre les meilleures. Il reste 200 m. Elle clenche. Elle arrache la victoire au photo-finish. C’est cette émotion-là qui compte, ce niveau-là de compétition. C’est ça qui va inspirer Cendrine pour la suite, elle n’a pas fini de progresser, et toutes les Maya MacIsaac-Jones, Jennifer Jackson et Anne-Marie Comeau qui suivent.

On est en train de replacer le programme féminin canadien sur ses rails. C’est l’une des conclusions les plus intéressantes de ces Championnats. Une autre conclusion?

Cendrine Browne a hâte de recommencer.

Cendrine Browne (photo: Benoit Théroux)

Cendrine Browne (photo: Benoit Théroux)

 

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