Olivier Léveillé émerge

Olivier Léveillé - Photo Alexandra Racine

Olivier Léveillé – Photo Alexandra Racine

Olivier Léveillé s’est amené dans le chalet St-Julien du mont Sainte-Anne dès la fin de son entraînement. Cheveux dressés sur le devant, rasés sur les côtés, on aurait dit un Everly Brothers ou autre star de rock n’roll des années ’50.

par pierre shanks

C’est plutôt sur les pistes qu’Olivier bat la mesure. L’Estrien de 18 ans est en voie de devenir une pièce maîtresse du CNEPH et du ski de fond canadien.

Il n’est pas (encore…) très connu parce qu’on porte peu attention aux athlètes avant qu’ils atteignent les équipes nationales. Sa progression n’en est pas moins éloquente. Il a commencé le ski de fond à 10 ans. Sous l’expertise de l’entraîneur Gilles Lefebvre, il a participé à ses premiers Championnats canadiens à 14 ans, surclassé chez les juvéniles (il était d’âge midget), avec bien entendu des résultats modestes. À 15 ans, il a fini top 10 dans toutes ses courses aux nationaux et gagné le cumulatif de son année de naissance.

À 16 ans, déblocage aux nationaux à Canmore: 4 médailles en 4 courses et 1er titre de champion canadien (juvénile, en sprint). À tout juste 17 ans (son anniversaire est en mars pendant les nationaux), sa 1re année Junior B, 3 médailles en 4 courses, dont l’or au 15 km classique. À 18 ans et toujours Junior B, 4 médailles en 5 courses… malgré le passage au Cégep qui a réduit son temps d’entraînement.

Être ou ne pas être au CNEPH, telle est la question

Louis Bouchard et Olivier Léveillé - (photo: Karine Husson)

Louis Bouchard et Olivier Léveillé – (photo: Karine Husson)

Survint alors le moment qui, avec le recul, aura été le point tournant de sa progression dans le ski de fond de compétition: son entrée au Centre national d’entraînement Pierre Harvey, le CNEPH, la fabrique de champions. Ces mordu(e)s qui font en sorte que la Coupe du monde et les hauts lieux de compétitions internationales ne soient plus seulement des rêves d’adolescent(e)s.

“Louis (Bouchard, l’entraîneur-chef) m’avait déjà parlé un petit peu aux nationaux de 2018”, avance Olivier.

Olivier était sur le radar de Bouchard depuis déjà un bon moment… “Son coach de club (Gilles Lefebvre), un bon ami à moi, à sa 1re année juvénile, on parle de 14-15 ans, déjà me disait “Écoute Louis, Olivier Léveillé, tu vas trouver que c’est tout un talent”, poursuit Bouchard.

Au printemps dernier, après les nationaux de 2019, Bouchard a invité Olivier et ses parents à prendre un café, à mi-chemin entre Sherbrooke et Québec, pour une offre formelle de joindre le Centre. “Il a dit que si j’étais intéressé à poursuivre la compétition de haut niveau, il y avait une place pour moi au centre.

“J’étais super content. J’étais vraiment motivé à embarquer dans cette aventure-là. Mes parents étaient d’accord et m’ont dit si c’est ça que tu veux, vas-y all in! Ne fais pas les choses à moitié. C’est quand même un enfant qui part de chez vous! Je venais tout juste d’avoir 18 ans depuis deux semaines!”

Le lien familial demeure tout de même fort, Olivier retournant à la maison une semaine par mois.

L’importance des coéquipiers

Olivier Léveillé et Léo Grandbois - (photo: Karine Husson)

Olivier Léveillé et Léo Grandbois – (photo: Karine Husson)

“Cet été, j’arrivais au CNEPH, j’étais pas mal plus jeune chez les gars. Le 2e plus jeune, c’est Léo (Grandbois) qui a 20 ans. Léo, il vient de l’Estrie, on habite super proche, mais on n’avait jamais eu l’occasion de tant s’entraîner ensemble. On n’avait pas le même coach, pas le même sport, c’était vraiment difficile de s’entraîner ensemble.

“Finalement j’ai habité ici avec lui et avec Alexis Dumas, deux super bons gars, alors ç’a vraiment connecté. Avec Léo, en plus, on avait le même plan. Dans la semaine de repos, on revenait ensemble à Sherbrooke, on s’entraînait ensemble, on a passé pas mal l’été et l’automne ensemble.

“Quand on dit qu’Alex (Harvey) est un champion du monde, ben Léo aussi a déjà gagné une course aux mondiaux benjamins. C’est un gars qui a déjà couru international et il a fait des grosses choses à l’international.

“Son énergie est vraiment cool. On se rejoignait là-dedans, les deux on aime ça se faire mal. Des fois on se lançait des défis d’aller courir 3 heures dans le bois même si on n’avait pas tant couru avant…

“Toute l’équipe aussi. On a eu un camp d’entraînement avec le Centre national Thunder Bay, le CNEPH et l’équipe du Québec, et j’ai eu la chance d’être avec Antoine Briand pendant une semaine dans la même chambre d’hôtel. Ça m’a vraiment aidé, c’est un gars très motivant. Il a 24 ans, il est passionné d’entraînement, il connaît beaucoup et il a beaucoup à donner.

“J’ai vraiment appris de toute l’équipe. Il y Antoine Cyr, lui aussi on se rejoint dans le sens qu’il a 3 ans de plus que moi, c’est le parcours que je regarde et dans 3 ans, c’est là où je voudrais me trouver. C’est pas impossible parce qu’il y a 3 ans, il était là ou je suis en ce moment! Ils m’ont tous beaucoup motivé cet été.

Olivier Léveillé et Laura Leclair - (photo: Charles Castonguay)

Olivier Léveillé et Laura Leclair – (photo: Charles Castonguay)

“Au CNEPH, les gars ont de bonnes habitudes de travail. Ils sont vraiment disciplinés à l’entraînement. Même dans un bon club, c’est rare que tu t’entraînes avec d’autre monde deux fois par jour, 6 jours par semaine. Il y a 4-5 entraînements par semaine et le reste, il faut que tu le fasses par toi-même.

“Tout seul à se discipliner, c’est quand même tough, mais quand t’as une gang, ça m’a apporté beaucoup. J’avais un peu de misère avec ça, de toujours être sur la coche dans l’organisation entourant mon entraînement et la semaine en général. Le fait de passer l’été avec des gars qui maîtrisent ça super bien, j’ai réussi à le développer moi-même et quand je reviens chez moi ou même quand je suis tout seul ici, je suis capable de garder ce focus-là.”

L’apport des coachs 

Olivier Léveillé - (photo: Karine Husson)

Olivier Léveillé – (photo: Karine Husson)

“Il y a les coachs aussi, j’aime vraiment leur approche, un peu différente que dans les clubs, vu que les athlètes sont plus matures et qu’on connaît plus de choses sur nous. Ils nous laissent plus de liberté. Par exemple il (François Pépin) dit, il faut que tu fasses ça cette semaine, après ça, TOI, décide quand tu le fais et comment tu le fais.

“Il y a toujours du dialogue. Mettons que je lui dis “regarde cette semaine je me sens en super forme, pourrais-je rajouter une zone 1 de plus, mettons faire un peu plus de volume? Pourrais-je faire comme les gars 5 fois 6 minutes au lieu de 4 fois 6 minutes, je me sens super bien ce matin?” Ils sont pas comme ah non, fais ton plan. Ils vont dire oui, mais tu feras attention, tu vérifieras demain matin si tu te sens bien et tout.

“J’apprends beaucoup sur moi en faisant ça. Au lieu de rentrer les yeux fermés et faire mon plan, là j’essaie de comprendre pourquoi je le fais et les coachs répondent beaucoup aux questions et ils expliquent beaucoup. Ils me laissent de la marge de manoeuvre et c’est ça que j’aime. Une semaine je suis plus fatigué ou je combats un petit rhume, puis-je en faire moins en début se semaine? C’est flexible et ça m’a appris à donner mon maximum quand je suis en forme. J’ai vraiment appris à me connaître ici avec l’aide de mes coéquipiers et des coachs.”

Gagner en puissance

Olivier Léveillé - (photo: Alexandra Racine)

Olivier Léveillé – (photo: Alexandra Racine)

Olivier est un skieur relativement complet, mais il se démarque davantage dans les épreuves de distance. Il peut cependant exceller dans les sprints, lorsque ceux-ci sont plus longs (1,3 km par exemple -maximum 1,8 km en Coupe du monde- versus 1,1 km) et comportent deux pentes raides, car il récupère bien et rapidement dans les descentes. “Je suis tout le temps dedans en distances, mais des fois en sprint, j’ai de moins bonnes journées mettons”, avoue-t-il.

Il est un naturel en style classique, “mais on a beaucoup travaillé sur mon skate (pas de patin) cet été. Musculairement, en skate, j’ai un peu de misère, surtout les jambes et le fessier. Dans les longues côtes (en offset) ou en fin de course j’avais mal aux jambes et ç’est ca qui me limitait. Je n’étais pas capable d’exploiter mon VO2 Max. J’ai beaucoup progressé et je sens que je suis plus constant en skate.

“Juste cet été, j’ai gagné en puissance. Les muscles se développent aux endroits où ils en ont besoin. Ils nous ont pesés au début de l’été puis au mois d’octobre. J’ai pris 5 livres en muscles et j’ai perdu un petit peu de gras. Ça semble encore plus que 5 livres, surtout les épaules.”

Quand le préparateur physique Charles Castonguay l’aura suffisamment bien “travaillé”, vous regarderez son haut du corps et ses épaules carrées taillées au couteau…

Gros potentiel

Olivier Léveillé et Charles Castonguay - (photo: Karine Husson)

Olivier Léveillé et Charles Castonguay – (photo: Karine Husson)

Difficile de prédire jusqu’où ce jeune talent se rendra, mais on peut dire sans se tromper qu’il est actuellement entre bonnes mains. Plusieurs mains en fait, en commençant par celles de Castonguay, qui sait exactement comment il l’amènera au niveau supérieur.

“Pour Olivier, la priorité était de stabiliser le tronc, indique Charles. Il avait une posture non-optimale du tronc qui ne favorisait pas un bon transfert de la force des bras vers les jambes/skis. Il a beaucoup amélioré son contrôle, proprioception et gainage en salle; une belle réussite. Il est minutieux et dédié à ce qu’il fait, des traits de champion.

“Pour les années futures, nous travaillerons davantage sur sa stabilité unipodale (une jambe), qui l’aidera aussi à pousser plus de watts. Des piliers (jambes) non-stables ne peuvent que transférer une petite partie de la force dans les skis. Imaginez pousser à fond tout le temps, mais que seulement 70% de l’énergie déployée se rend aux skis! Le bon côté, c’est qu’il est déjà dominant dans sa catégorie même avec quelques petites lacunes… (il y a donc) encore place à des améliorations!”

“C’est clair que de côtoyer des athlètes avec un niveau un petit peu plus élevé que le sien a vraiment été payant pour lui cette année, enchaîne l’entraîneur François Pépin. C’est pour ça qu’on va dire un peu sky is the limit! C’est un de nos coureurs qui a des chances de cogner à la porte de l’équipe nationale sénior. Le potentiel est là d’être éventuellement en Coupe du monde, un peu comme le fait Antoine Cyr présentement.

“D’avoir cette année un groupe d’entraînement plus sérieux et d’avoir un soutien continu l’a amené à un niveau de sérieux et de focus qu’il n’avait pas avant, pendant ses deux années avec l’équipe du Québec.

Pics de forme

Olivier Léveillé - (photo: Alexandra Racine)

Olivier Léveillé – (photo: Alexandra Racine)

Olivier pourrait-il atteindre plus d’un pic de forme par saison? C’est un peu tôt pour penser à ça, dit Louis Bouchard: “En ce moment, on lui apprend un processus d’entraînement qui va lui permettre de performer au bon moment, à l’événement principal de l’année.

“Pourquoi? Parce qu’en ce moment, il est junior et chez les juniors, il y a un événement principal par année, il n’y en a pas trois comme Alex (Harvey) quand il était de catégorie olympique où il peut y avoir deux événements importants comme le Tour de ski et les Championnats du monde ou les Jeux olympiques.

“Aussi quand tu es jeune, tu es un peu moins endurant, tu as des hauts et des bas un petit peu plus fréquemment, c’est normal parce que tu es en période de croissance et tu t’habitues à l’entraînement, et tu vas devenir plus résistant.

“Quand tu es junior et que tu réussis à atteindre un peak de forme une fois, ben au moins tu sais que tu es capable d’y arriver une fois. Après, dans la suite des choses, pourquoi pas deux fois?

Ce jeune espoir, vous aurez l’occasion de le voir à l’oeuvre au mont Sainte-Anne lors des sélections en vue des mondiaux juniors et U23, du 30 janvier au 2 février.

Installez-vous à la ligne d’arrivée.

C’est là où il lève les bras.

Olivier Léveillé - (photo: Doug Stephen)

Olivier Léveillé – (photo: Doug Stephen)

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